#Varoufakis –” Our Athens Spring ” = « Notre printemps d’Athènes » par Yanis Varoufakis

« Notre printemps d’Athènes » par Yanis Varoufakis

24 août 2015 | Par christian salmon

J’ai rencontré samedi 22 août Yanis Varoufakis à Paris. C’est un homme chaleureux, ouvert et préoccupé non seulement par l’avenir de son pays mais par celui de l’Europe. Ce n’est pas le personnage narcissique et provocateur que les médias ont construit. Il m’a rappelé les écrivains et les artistes d’Europe Centrale que j’avais croisés au sein du séminaire de Milan Kundera dans les années 1980: eux aussi parlaient de l’Europe et pas seulement de leur petite nation.

Nous avons évoqué les six derniers mois qui se sont soldés par une terrible défaite de la démocratie grecque mais aussi de l’avenir de la démocratie en Europe et des moyens de la réinventer. Je suis convaincu que le printemps d’Athènes est la première saison d’un renouveau démocratique européen. Ce sera la tâche d’une génération mais Varoufakis par son courage lui a ouvert la voie. J’y reviendrai dans un article cette semaine mais sans attendre je tiens à mettre à disposition des lecteurs de Mediapart son discours de Frangy.

Il est en anglais mais je ne doute pas qu’il sera traduit rapidement dans toutes les langues européennes.C’est un texte important qui doit être lu, traduit et transmis le plus largement possible. Il est question de l’Europe, des printemps des peuples et des “coups” qui ont jalonné son histoire. Il y est question de notre avenir. J’en partage chaque mot. C’est notre samizdat.

PS Merci à Monica M qui a traduit intégralement le discours de Yanis Varoufakis et à Hélène Grumel qui a pris l’initiative d’en traduire des extraits (lire dans les commentaires). On attend maintenemant les versions italienne, espagnole, allemande, russe, arabe…et grecque of course! Vive le réseau des traducteurs libres!

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Our Athens Spring

Let me tell you why I am here with words I have borrowed from a famous old manifesto. I am here because:

A spectre is haunting Europe — the spectre of democracy. All the powers of old Europe have entered into a holy alliance to exorcise this spectre: The state-sponsored bankers and the Eurogroup, the Troika and Dr Schäuble, Spain’s heirs of Franco’s political legacy and the SPD’s Berlin leadership, Baltic governments that subjected their populations to terrible, unnecessary recession and Greece’s resurgent oligarchy.

I am here in front of you because a small nation chose to oppose this holy alliance. To look at them in the eye and say: Our liberty is not for sale. Our dignity is not for auction. If we give up liberty and dignity, as you demand that we do, Europe will lose its integrity and forfeit its soul.

I am here in front of you because nothing good happens in Europe if it does not start from France.

I am here in front of you because the Athens Spring that united Greeks and gave them back

• their smile

• their courage

• their freedom from fear

• the strength to say NO to irrationality

• NO to un-freedom

• NO to a subjugation that in the end does not benefit even Europe’s strong and mighty,

that magnificent Athens Spring, which culminated in a 62% saying a majestic NO to Un-Reason and to Misanthropy,

our Athens Spring, was also a chance for a Paris Spring, a Frangy Spring, a Berlin, a Madrid, a Dublin, a Helsinki, a Bratislava, a Vienna Spring.

I am here because our Athens Spring was crushed, just like the Prague Spring before it. Of course it was not crushed using the tanks. It was crushed using the banks. As Berthold Brecht once said, “Why send out murderers when we can employ bailiffs?” Why stage a coup d’état when you can send to a freshly elected government the President of the Eurogroup to tell the new finance minister, three days after taking office, that he faces a choice: the pre-existing Austerity Program, which resulted in his country’s Great Depression, or the closure of the nation’s banks? Why send troops in when you can have monthly Troika visits for the explicit purpose of taking over every branch of government and writing each and every piece of a nation’s legislation?

Elections cannot change anything

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/240815/notre-printemps-dathenes-par-yanis-varoufakis

#Greece –” LETTRE OUVERTE DE MIKIS THEODORAKIS À PANAGIOTIS LAFZANIS ” 25/08

Dernières nouvelles
LETTRE OUVERTE DE MIKIS THEODORAKIS À PANAGIOTIS LAFZANIS
mercredi 26 août 2015 14:11 | Imprimer | E-mail

Rencontre Theodorakis – Lafzanis

Athènes, le 25/08/2015

Cher Panagiotis,

Lors de la rencontre que tu m’avais demandée, il y a quelques jours, tu étais d’accord avec moi que l’actuel Parlement constitue en réalité le principal instrument au service de la politique du Mémorandum, avec comme objectif de faire voter les lois qui le servent sous un couvert démocratique.

Parce que l’existence d’une minorité permanente (KKE-SYRIZA) servait comme alibi aux Tenants Systémiques du Pouvoir et aux étrangers. Surtout aux étrangers. Autrefois, vous tous au SYRIZA sous Alexis Tsipras, vous avez cru qu’après la conquête de la majorité au Parlement et votre avènement au gouvernement, vous réussiriez à frapper au cœur du Système et à transformer un parlement pro-mémorandum en un parlement anti-mémorandum. Que s’est-il finalement passé?

Ce que SYRIZA a réussi, c’est de renforcer le front pro-mémorandum. C’est-à-dire que lui même est devenu une force pro-mémorandum, avec la Nouvelle Démocratie, PASOK et le nouveau parti POTAMI.

Cela confirme le principe que l’on ne peut pas frapper le Système à partir de l’intérieur du Système, car on deviendra soi-même Système. Cela veut dire que si vous prenez part aux élections, vous chercherez, bien sûr, à devenir une partie de la Maison pécheresse. Alors, il y aura devant vous deux possibilités: soit, en tant qu’opposition vous fonctionnerez comme un alibi aux décisions antipopulaires des étrangers, soit, si vous accédez au gouvernement, vous aurez le sort de l’actuel SYRIZA pro-mémorandum. Etant donné que la force du système est un catalyseur. Avec une exception: le Peuple grec uni et debout. C’est une honte que les forces populaires qui voteront pour vous, auront le sort des partisans de SYRIZA qui, qu’ils le veuillent ou non, voteront pour les Mémorandums. Donc, pour les mesures catastrophiques du Troisième Mémorandum qui risquent de s’avérer fatales pour l’avenir du pays et de notre peuple. C’est là l’action destructrice du troisième protocole qui peut se révéler fatale pour l’avenir de notre pays et pour le peuple.

Comme ancien camarade et comme ton ami, je t’invite, ainsi que les partisans du nouveau parti, à nous rencontrer sur les remparts du Front Populaire qui, aujourd’hui, tient haut la dignité de notre Peuple. Et demain, quand il sera émancipé, il sera la seule force qui puisse libérer définitivement notre patrie et offrir à notre peuple la Liberté, l’Indépendance et la Fierté.

Avec mes salutations fraternelles

Mikis Theodorakis

Original grec: http://www.mikistheodorakis.gr/el/writings/statements/?nid=5190

Traduction française: Iraklis Galanakis

#Really –” En Grèce, l’avenir de Varoufakis fait débat “—#LesInrocks

Reuters – Alkis Konstantinidi

En Grèce, l’annonce fin juillet d’un plan B prévoyant un éventuel retour à la drachme a fait l’effet d’une bombe. Ce projet, mis sur pied par Yanis Varoufakis en cas de Grexit, a plongé le député de Syriza dans un tourbillon médiatique. Depuis plusieurs mois, l’ancien homme fort du gouvernement d’Alexis Tsipras baisse dans les sondages et continue de diviser.

En ce début de mois d’août le temps paraît figé à Athènes. Depuis la vague de manifestations succédant à l’annonce du référendum et le vote au Parlement le 15 et le 22 juillet de nouvelles séries de mesures, la pression est pour un temps retombée.

Sous une chaleur écrasante, Yiorgos, homme bedonnant aux cheveux blancs déambule dans les rues pavées de Plaka. Sur le chemin qui le mène à sa boutique de chapeaux, il passe devant plusieurs tavernes “où Yanis Varoufakis a l’habitude de manger”. C’est dans ce quartier en contrebas de l’Acropole, très prisé des touristes pour son charme, ses nombreux restaurants et ses magasins de souvenirs que l’ancien ministre des Finances grec habite avec sa compagne. Yiorgos, fidèle partisan de Syriza, admet apprécier l’homme politique de 54 ans depuis le début.“Varoufakis est une personne simple, proche du peuple, toujours fidèle à ses idées”. Comme lorsqu’il quitte brusquement le gouvernement d’Alexis Tsipras, le 6 juillet, après avoir été mis en minorité sur sa ligne dure face à la Banque Centrale Européenne.

Son plan B en cas de Grexit a soulevé une tempête médiatique

Aujourd’hui, Yiorgos dénonce l’acharnement dont font preuve les médias à son encontre. Fin juillet, le quotidien grec de centre droit Kathimerini dévoile dans ses colonnes un plan d’action mis sur pied par Yanis Varoufakis visant à mettre en place un système de paiement parallèle et une nouvelle drachme en cas de Grexit. Ce plan B, confirmé quelques jours plus tard par l’intéressé, soulève une tempête médiatique dans le pays. “Après la période très agitée que vient de traverser la Grèce, heureusement que nous avions un plan B. L’inverse aurait été très préoccupant. Je ne comprends pas pourquoi ils en font tout un cirque. En cas de Grexit, tous les pays de la zone euro avaient un – si ce n’est plusieurs – plans de secours dans leurs tiroirs”, défend Yiorgos.

Stéfania Loli, 48 ans, séduite par Syriza lors des élections de janvier, n’a jamais apprécié les manières de Yanis Varoufakis. Pourtant, elle aussi est surprise de l’animosité des médias à son égard. “Au moment des discussions avec l’Europe, il était nécessaire d’avoir des alternatives prêtes à être mises en place. L’avenir de notre pays était en jeu”. Cette employée dans une entreprise d‘agriculture marque une pause, cherche ses mots puis poursuit : “Ce plan B a été écarté par le gouvernement mais les médias continuent de présenter Varoufakis comme celui qui a voulu mener le pays à la ruine. Ils s’attardent sur cette histoire pour éviter de parler des vrais problèmes de la Grèce”.

Seraphim Seferiades, professeur de sciences politiques à l’Université Panteion d’Athènes dénonce quant à lui une propagande médiatique, visant à décrédibiliser toute alternative à l’euro. “Les médias grecs veulent faire croire que seule l’austérité peut fonctionner, qu’aucune autre alternative n’est viable. C’est du lavage de cerveau”.

Varoufakis chute dans les sondages

Nommé dès janvier au poste clé du ministère des Finances, Yanis Varoufakis a une double mission : en finir avec la politique d’austérité imposée à la Grèce depuis cinq ans et revoir la dette du pays. Jusqu’à sa démission le 6 juillet, l’homme fort du gouvernement Tsipras n’a cessé de chuter dans les sondages officiels relayés par la presse nationale. En février, Yanis Varoufakis, soutenu par 75% de la population descend à 59% en mars, tombe à 51,3 % en avril avant de dégringoler à 28,2% en juillet. Dans les rues d’Athènes, son style fait toujours débat et paradoxalement, malgré ces mauvais chiffres, son franc parler et son attitude continuent de marquer les esprits… plutôt positivement. Dimitris, peintre d’une quarantaine d’années, lunettes de soleil sur le nez, t-shirt léger sur le dos a rapidement été séduit par le tempérament du député Syriza. Il se souvient de la première rencontre entre le président de l’Eurogroupe – Jeroen Dijsselbloem – et Yanis Varoufakis : “Devant les caméras du monde entier il a annoncé sans prévenir et sans prendre de pincettes que le gouvernement de Tsipras refusait de collaborer avec la Troika (Banque centrale européenne, FMI, Commission européenne ndlr). Aucun autre ministre grec n’aurait osé de telles déclarations”.

Tête de turc de l’Eurogroupe

Durant son mandat ministériel Yanis Varoufakis s’attire très vite les foudres de l’Eurogroupe; on juge son style trop décontracté, son comportement trop arrogant, son parler trop direct. Yanis Varoufakis sort du cadre et refuse de jouer le jeu policé de Bruxelles. Ça ne passe pas. Lors d’une réunion tenue à Riga (Lettonie) le 24 avril, l’ancien ministre grec est accusé par ses dix-huit homologues d’être à l’origine du “blocage” des négociations. Quelques jours plus tard, Alexis Tsipras remanie l’équipe chargée de traiter avec les créanciers du pays et met Yanis Varoufakis en retrait des discussions. Une aberration selon Vasilis, gérant d’une petite boutique de bijoux donnant sur la très commerçante rue Ermou. “Ces histoires autour de l’apparence et de la personnalité de Varoufakis c’était de la poudre aux yeux pour éviter de parler des problèmes de fonds qu’il a osé soulever”, dénonce le bijoutier avant de défendre le député : “Varoufakis est toujours allé droit au but. Il n’a jamais oublié les raisons de sa nomination et a essayé de rompre avec une politique d’austérité qui ne fonctionne pas. Il était peut être hautain mais il avait des raisons de l’être. Il savait de quoi il parlait, l’économie c’est son domaine. C’est dommage qu’il soit parti du gouvernement car nous avions besoin de quelqu’un comme lui pour s’opposer au chantage de l’Union européenne”.

Assises à la terrasse d’un café du quartier d’Exarchia, connu pour être le bastion des anarchistes, Aggeliki et Dora boivent un café. Ces deux amies de longue date ne parviennent pas à se mettre d’accord. Aggeliki, une brune fluette de 36 ans estime que Yanis Varoufakis “a toujours placé le peuple grec au cœur des négociations. Tout seul il n’a pas pu changer la donne face à ses homologues mais il a essayé de faire évoluer le débat. On peut reprocher beaucoup de choses à Varoufakis mais c’est un grand professeur et un très bon économiste. Il aurait dû être considéré en tant que tel”. Dora jusqu’ici rivée à son téléphone portable intervient, très virulente à l’égard de l’ancien ministre des Finances. “Il a passé le plus clair de son temps sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision. En voulant imposer sa façon de faire lors des réunions il a échoué à trouver un compromis. Il aurait du quitter son poste bien plus tôt. Comment comptait-il obtenir l’aide de l’Europe en jouant les arrogants ? Il a cruellement manqué de sérieux et a été tourné en ridicule. Il est certes un bon économiste mais c’est un très mauvais politique”, tranche t-elle.

Un avenir politique encore incertain

Cette idée a déjà été formulée mi-juillet par le Premier ministre Alexis Tsipras en personne. L’intéressé semble lui même en convenir. Lors d’un colloque à Washington organisé en avril par le Think Tank Bookings Institution, il avait reconnu : “Je préfère dire la vérité plutôt que d’user de subterfuges. Dans ce sens, je ne suis pas un bon politique”.  Alors qu’il est de plus en plus question d’élections législatives anticipées prévues à la rentrée, l’avenir de Yanis Varoufakis est en suspend. Un chauffeur de taxi athénien qui refuse de donner son nom analyse : “A cause de leurs profonds désaccords, je ne pense pas que Varoufakis se présentera à nouveau sous la bannière de Syriza. On parle d’un rapprochement avec la Plate-forme de gauche (frange à gauche de Syriza qui veut faire scission ndlr) mais je n’en suis pas convaincu, ils ne sont pas exactement sur la même ligne”. Philippe Marlière, co- auteur de La gauche radicale en Europe, pense lui que “Yanis Varoufakis a un avenir en dehors de la politique. C’est avant tout un intellectuel. Il aime faire de la recherche, écrire, publier”.

le 08 août 2015 à 19h09

#bestof– ” Grèce : Le référendum comme rupture ” (No= Yes, etc)

Grèce : Le référendum comme rupture

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International
idées

Publié par Contretemps.eu . Pour la Grèce, seul un vote « non » dimanche peut rendre possible une alternative anti-austérité durable. Nous publions ici l’analyse de Panagiotis Sotiris, intialement parue en anglais sur le site états-unien Jacobin.

Panagiotis Sotiris est membre de la direction d’Antarsya, coalition de la gauche révolutionnaire grecque, et enseigne à l’Université de l’Égée.

Le référendum qui doit avoir lieu dimanche en Grèce ne constitue pas un débat politique. Il s’agit d’une bataille dans la guerre en cours entre, d’un côté, la société grecque et, de l’autre, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI), qui tentent de faire de la Grèce l’expérience récente la plus brutale de transformation sociale néolibérale.

Carl Schmitt a écrit que les seules catégories existentialistes sont celles de l’ami et de l’ennemi. C’est précisément cela qui peut expliquer la tactique de l’UE, en particulier de l’Allemagne, au cours de la crise grecque. Il n’y a jamais eu de négociation. Depuis le commencement nous faisons face à une guerre existentielle, au sens schmittien, durant laquelle il ne s’agit pas de trouver un terrain d’entente ou un compromis mais bien la capitulation pleine et entière de l’ennemi.

Cela permet de rendre compte du refus de négocier véritablement avec la partie grecque, malgré les douloureuses concessions faites par cette dernière et son acceptation de l’austérité. C’est la raison pour laquelle il y a toujours eu de nouveaux termes et de nouvelles exigences émergeant durant les négociations. C’est aussi pourquoi toute discussion relative à la réduction du fardeau de la dette a été refusée, précisément parce que la dette a constitué l’instrument le plus commode pour ce chantage ouvert et cynique imposé à une société tout entière.

La décision du gouvernement grec d’organiser un référendum a marqué un acte de rupture avec l’UE. Nous devrions nous souvenir que celle-ci est allergique aux référendums depuis l’expérience traumatisante de 2005, et se montre généralement hostile à tout exercice de la souveraineté populaire susceptible de compromettre ses politiques néolibérales. En outre, nous sommes ici face à un référendum ne portant pas sur une politique qui doit encore être mise en œuvre mais sur une politique qui l’est déjà – du moins pour ce qui concerne le cœur de cette arme disciplinaire que constitue la gouvernance économique européenne. Rejeter les propositions des créanciers équivaut ainsi à rejeter l’essence de la forme contemporaine de l’intégration européenne.

En conséquence, pour l’UE et en particulier pour l’Allemagne, la décision même d’organiser un référendum a signifié la fin des négociations. D’une certaine manière, la tactique allemande est simple : aller jusqu’au bout du référendum. Si le vote « oui » l’emporte, le nouveau plan d’austérité sera encore plus brutal. Si les Grecs votent majoritairement « non », il faudra alors se préparer à la sortie de la Grèce de la zone euro (« Grexit »).

En ce sens, l’idée du Premier ministre grec Alexis Tsípras selon laquelle un nouveau cycle de négociations succèdera à un vote « non » massif, n’a aucun fondement. Même si l’UE et le FMI veulent encore un accord humiliant et non une sortie de l’euro forcée et punitive, ils profiteront sans doute de la situation actuelle – banques privées de liquidités, contrôle des capitaux, effondrement du marché, pénurie d’argent liquide, et probablement pénurie de biens fondamentaux – et la prolongeront afin d’imposer la politique de dévastation sociale dans sa version complète.

L’idée d’un référendum était correcte, et elle a libéré des forces sociales et un potentiel que nous n’avions pas vu à l’œuvre dans les derniers mois. Pour la première fois, on peut voir la Gauche – à l’exception du Parti communiste, qui demeure englué dans son gauchisme paranoïaque – mener réellement une bataille. Mais le référendum n’est pas une négociation ; c’est le début de la rupture.

Malheureusement, Syriza ne s’y est pas préparé. Le fait que de nombreux poids lourds tels que Yannis Dragasakis, Giorgios Stathakis, Dimitrios Papadimoulis, et d’autres encore, aient appelé ouvertement à l’acceptation d’un accord quel qu’il soit, au mépris de l’insistance de Tsípras sur la nécessité préalable d’un vote « non », constitue un exemple des limites de Syriza. Tsípras a montré du courage et de la détermination, refusant de capituler et mettant tout son poids en faveur du Non. Néanmoins, il continue de présenter le vote « non » comme une négociation tactique, faisant des propositions jusqu’à la dernière minute, et non comme le début d’une confrontation plus large.

Dans le même temps, on constate déjà une polarisation massive de la société grecque. La campagne pour le Oui combine une mobilisation de strates bourgeoises et intermédiaires (un grand nombre d’associations professionnelles appellent au Oui), et le déploiement de toutes les formes de la guerre idéologique. Les médias privés sont autant de machines de propagande pour le vote « oui », et les entreprises grecques menacent ouvertement leurs salarié•e•s de licenciements massifs si le vote « non » l’emporte, utilisant le refus de payer les salaires comme moyen de rendre la menace crédible.

La peur est en train de devenir le facteur déterminant. Dans le même temps, on remarque des signes de radicalisation dans le camp du Non, certaines personnes devenant prêtes, plus que jamais, à accepter le coût total de la rupture si cela ouvre la perspective d’une fin de l’austérité.

Le problème principal reste que l’essentiel nous fait cruellement défaut : un récit cohérent en faveur d’une rupture qui s’avère en réalité inévitable. Un récit sincère qui parlera des difficultés initiales et des bénéfices à long-terme du Grexit, pourvu que la sortie s’opère souverainement, et le besoin d’un paradigme de développement différent. Un récit militant qui pourrait aussi en appeler au peuple pour soutenir cette stratégie d’une manière énergique, endosser l’épreuve initiale et combattre la peur. Syriza est encore récitent à se confronter à ce défi, et la gauche radicale se montre de son côté déficiente face au besoin de passer des slogans aux programmes.

Un vote « oui » ne signifierait pas seulement que le gouvernement grec aurait à signer un accord humiliant. Il conduirait aussi à un processus plus large de réalignement de la scène politique, incluant une énorme pression sur Syriza – y compris exercée de l’intérieur – en faveur d’un tournant à droite. Un tel vote serait surtout utilisé pour modifier le rapport de forces en faveur du capital et pour renverser préventivement les moindres aspirations émanant des classes subalternes.

Une victoire massive du Non constitue la seule solution, la seule possibilité de déclencher une dynamique et de mettre fin au pilote automatique de l’austérité et de la dévastation sociale. Mais ce ne sera pas suffisant. Il est plus urgent que jamais pour la Gauche qu’elle prenne au sérieux les défis évoqués plus haut.

Le défi ne consiste pas à obtenir quelques bouffées de dignité, quelques moments de victoire et un bref intervalle de souveraineté populaire, avant la défaite et la capitulation. Il s’agit de prouver que peut véritablement émerger une alternative durable.

Panagiotis Sotiris, Traduit par Ugo Palheta

#news: ” Greek Media ”(list) —

OXI---Le referendum comme rupture ...

We shall now posts articles on Greece on that Blog (formerly dedicated to Ukraine)

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Prin, le journal de NAR, composante d’Antarsya et principal groupe de la gauche révolutionnaire grecque… 

http://antarsya.gr/

http://www.narnet.gr/

#news: ” Greek Media ” —

Newspapers

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#Debate — ” En Grèce, le combat continue. Entretien avec Stathis Kouvélakis “

Une librairie : La Brèche

( We have devoted several posts to the Referendum and its consequences in
Oxi = le referundum comme rupture ;
The Greek tragedy is us for the duration and the crisis in Europé is far from over: stay tuned )
🙂

En Grèce, le combat continue. Entretien avec Stathis Kouvélakis

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Publié par Contretemps.euLe dernier accord convenu entre le gouvernement grec dirigé par Alexis Tsipras et l’Eurogroupe a surpris, désorienté ou choqué nombre de militant-e-s de la gauche radicale, en Grèce et au niveau international. Cet accord entérine en effet un nouveau plan d’austérité d’une grande violence et semble marquer la fin d’un cycle politique pour Syriza. Pour autant, les jeux sont loin d’être pliés : la crise de l’Union européenne est patente et la mobilisation populaire pour le Non au référendum du 5 juillet a ouvert une brèche dans le mur de l’austérité perpetuelle.  

Dans cet entretien réalisé par Sebastian Budgen pour le site états-unien Jacobin, initialement paru le 15 juillet 2015, le théoricien marxiste Stathis Kouvélakis, membre du comité central de Syriza et de la Plateforme de Gauche, analyse les derniers événements, évalue les positions stratégiques qui se sont affrontées au sein de Syriza et identifient les prochaines étapes qui attendent l’aile gauche de Syriza. S. Kouvélakis saisit ici l’occasion pour proposer une réflexion plus large sur le bilan et de Syriza et de la Plateforme de Gauche, sur ce qui aurait pu être fait différemment mais aussi sur les perspectives pour une recomposition de la gauche radicale en Grèce. 

Nous reprenons ici, avec leur aimable autorisation, la traduction réalisée par S. Nerina pour le site Avanti

Quelles ont été les raisons du référendum de juillet ? Beaucoup l’ont perçu comme sorti de nulle part ; un joker qu’aurait joué le premier ministre grec Alexis Tsipras. Mais il y a beaucoup d’incertitudes quant à ses motivation. Certains ont même spéculé sur une défaite…  

Je pense que le référendum était une tentative de sortir du piège dans lequel était tombé le gouvernement pendant le processus de négociation.

En fait, il semble maintenant évident que pendant la spirale vers de plus en plus de concessions, le gouvernement et Tsipras ont pris conscience du fait que, quoi qu’ils proposent, ce ne serait jamais suffisant pour la Troïka. À la fin du mois de juin, il était clair que l’accord qui était plus ou moins en train de prendre forme, ne passerait pas l’épreuve au sein de Syriza ou de l’opinion publique.

Des signaux parvenaient à la direction de Syriza et à Tsipras lui-même. Des signaux qui venaient de bien au-delà des rangs de la Plateforme de Gauche. Et ces messages disaient que ce n’était pas acceptable. Pendant les derniers jours de la semaine, on pouvait aussi sentir un changement significatif au sein de l’opinion publique : des gens qui disaient qu’ils n’en pouvaient plus de cet interminable processus de négociation. Il était clair pour tout le monde que la Troïka n’avait d’autre objectif que d’humilier le gouvernement grec.

Tsipras, qui, il faut le dire, est plutôt joueur pour un politicien, pensait au référendum, non pas en tant qu’élément de rupture avec le processus de négociation, mais comme un mouvement tactique pour renforcer son plan de négociation (cette idée n’était pas tout à fait nouvelle et avait déjà été évoquée par d’autres membres du gouvernement, y compris par Yanis Varoufakis).

Je suis certain de ce que j’affirme parce que je suis au courant des rapports détaillés sur la réunion décisive du cabinet qui a eu lieu le 26 juin, lorsque le référendum a été annoncé.

Deux choses doivent être remarquées. La première est que Tsipras, et la plupart des personnes proches de lui, pensaient que le référendum serait une promenade de santé. Ce fut plus ou moins le cas avant la fermeture des banques. Le sentiment général était que le Non remporterait une victoire écrasante, dépassant les 70%.

Sans la fermeture des banques, il était effectivement réaliste de penser que le référendum serait facilement gagné, mais la signification politique du Non aurait été différente, car la victoire aurait été obtenue hors de l’atmosphère de confrontation et de l’ambiance dramatique suscitées par la fermeture de la banque et par la réaction de l’UE.

Lors de cette réunion du cabinet, un certain nombre de personnes — l’aile droite du gouvernement, dirigée par le vice-Premier ministre Giannis Dragasakis — était en désaccord avec l’initiative. Dragasakis est en fait celui qui a assuré le suivi de l’ensemble du processus de négociation du côté grec. Tous les membres de l’équipe de négociation, à l’exception du nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, sont des gens appartenant à son courant, et il était celui, au sein du cabinet, pour qui il était vraiment important de se débarrasser de Varoufakis.

Cette aile droite pensait que le référendum était une proposition très risquée, et ils ont compris, mieux que Tsipras, que ce serait un geste très conflictuel qui déclencherait une réaction sévère du côté de l’UE — et ils avaient raison.

Ils ont également eu peur de la dynamique par en bas qui allait surgir de cette initiative. D’autre part, le leader de la Plateforme de Gauche et Ministre de l’énergie et de la reconstruction productive, Panagiotis Lafazanis, a déclaré que le référendum était la bonne décision, bien que tardive, mais il a également prévenu que cela revenait à une déclaration de guerre, que la BCE couperait les liquidités et que nous devrions nous attendre à ce que les banques soient fermées après quelques jours. La plupart des personnes présentes se sont contentées de rire à l’évocation de cette hypothèse.

Je pense que le manque de prise de conscience par rapport à ce qui allait se passer est un élément clé pour comprendre, dans sa logique d’ensemble, la manière dont le gouvernement a agi jusqu’à maintenant. Ils ne pouvaient tout simplement pas croire que l’UE réagirait de la façon dont elle a effectivement réagi. D’une certaine façon, comme je l’ai dit, l’aile droite de Syriza était beaucoup plus lucide sur ce qu’ils s’apprêtaient à affronter.

Cela explique aussi ce qui est arrivé au cours de la semaine du référendum. Tsipras a été mis sous une pression extrême par Dragasakis et d’autres pour retirer le référendum. Il ne l’a pas fait, bien sûr, mais il a clairement indiqué que ses prochains mouvements seraient ceux que l’aile droite approuverait, et que la mesure n’était pas une rupture avec la ligne qui avait été suivie jusqu’ici, mais plutôt une sorte de tactique dans ce cadre.

C’est ce qui explique les pas en arrière, le mercredi avant le vote ?

Exactement. Ce mercredi-là, certains ont même évoqué un coup d’État interne et Athènes était traversée de rumeurs selon lesquelles Tsipras allait retirer le référendum. Au cours de son discours, il a confirmé le référendum mais a également précisé que celui-ci avait été conçu comme un outil pour obtenir un meilleur accord et que ce n’était nullement la fin du processus de négociation. Au contraire, il s’agissait de poursuivre ce processus mais dans des conditions prétendument meilleures. Et il est resté fidèle à cette ligne pendant toute la semaine.

Une chose que je ne comprends pas à propos de ce processus, même si on le regarde d’un point de vue de relations publiques, c’est que Tsipras a appelé au référendum concernant une série de mesures qu’il demandait au peuple de rejeter et, à l’approche du référendum, il a fait des propositions aux créanciers qui apparaissaient sous certains aspects pires encore que celles qu’il demandait au peuple de rejeter. Cela donne une impression de chaos et d’amateurisme total. 

J’ai essayé de reconstituer les intentions de Tsipras, essentiellement pour répondre à ta question précédente et pour essayer de clarifier le sens que celui-ci avait pour lui. Mais ce qui est absolument clair, c’est qu’il a libéré des forces qui allaient bien au-delà de ses intentions. Tsipras et le gouvernement ont été clairement dépassés par l’élan créé par le référendum.

Ils ont donc essayé par tous les moyens de remettre le diable dans la boîte. La façon dont Tsipras a géré la pression de Dragasakis — et la raison pour laquelle le mercredi a été si crucial — a consisté à accepter leur ligne et à envoyer cette lettre infâme à l’Eurogroupe, et, encore auparavant, la lettre demandant un nouveau prêt. Cela a ouvert la voie à ce qui s’est passé la semaine suivant le référendum.

Mais, d’autre part, pour justifier le fait qu’il ne pouvait pas – sans se décrédibiliser complètement – retirer le référendum, il a dû justifier l’initiative. Il devait évoquer la lutte contre les mesures d’austérité incluses dans le paquet Juncker, le chantage de la Troïka et l’ultimatum auquel il avait été soumis. Et, bien sûr, les mobilisations par en bas qui étaient en train d’émerger à ce moment ont saisi l’occasion, l’ont pris au mot, et ont continué à avancer pour mener la bataille contre la Troïka.

Cela constitue un un excellent exemple d’une initiative prise d’en haut, résultant de contradictions internes, mais qui a fini par libérer des forces outrepassant largement les intentions du leader. C’est très important, car il faut aussi comprendre que l’une des plus grandes difficultés auxquelles Tsipras doit faire face à présent, après la reddition que constitue l’accord d’hier, c’est que la légitimité politique de son action après le référendum est très douteuse.

Nous devons comprendre qu’il est parfaitement illusoire de prétendre que le référendum n’a pas eu lieu. Il a eu lieu, et il est clair tant pour l’opinion publique internationale que pour la société grecque que Tsipras est en train de trahir un mandat populaire.

J’en viens au grand débat : au jeu de savoir si Tsipras est une sorte de génie machiavélique adepte des manoeuvres tactiques ou un parieur fou dépassé par les événements, tu es certainement dans le second camp…

Effectivement, je me retrouve complètement dans le second camp, à condition de clarifier le point suivant : en réalité, Tsipras et la direction ont maintenu la même ligne depuis le début. Ils pensaient que, en combinant une approche « réaliste » dans les négociations et une certaine fermeté rhétorique, ils obtiendraient des concessions de la part de l’UE.

Mais ils ont été de plus en plus pris au piège par cette ligne, et quand ils ont réalisé qu’ils avaient été piégés, ils n’avaient pas de stratégie alternative. Ils ont refusé systématiquement toute autre stratégie, et ils ont également rendu la mise en œuvre de toute autre approche pratiquement impossible, même quand il en était encore temps.

Dans une interview qu’il a donné au New Statesman il y a quelques jours, Varoufakis affirme qu’une petite équipe avait travaillé avec lui pendant la semaine précédant le référendum à un plan alternatif qui inclurait un contrôle de l’État sur les banques, l’émission de IOU1 et la déconnexion de la Banque centrale de Grèce de la Banque centrale européenne de Francfort, ce qui revenait d’une certaine manière à une sortie graduelle de l’euro. Mais une telle initiative est à l’évidence arrivée trop tard et l’idée a été rejetée par la grande majorité de l’équipe économique du cabinet, c’est-à-dire essentiellement Dragasakis. Et Tsipras a, bien entendu, validé cette décision.

Il faut donc souligner la continuité de la ligne de Tsipras. C’est sans doute la raison pour laquelle je trouve que le mot « traîtrise » est inapproprié si on comprend ce qui se passe. On peut bien sûr dire qu’il y a traîtrise du mandat populaire et il est légitime que les gens aient le sentiment qu’ils ont été trahis.

Cependant, la notion de trahison implique généralement un moment où vous décidez en toute conscience de revenir sur vos propres engagements. Je crois qu’en réalité Tsipras croyait honnêtement qu’il pouvait obtenir un résultat positif en mettant en avant une approche centrée sur les négociations et sa bonne volonté. Et c’est aussi pour cela qu’il a constamment répété qu’il n’y avait pas de plan de rechange.

Il pensait qu’en apparaissant comme un fidèle « européen », « sans agenda caché », il obtiendrait une sorte de récompense. De l’autre côté, il a montré depuis quelques mois une capacité à résister à cette pression croissante et a parfois agi de manière imprévisible, dans le cas du référendum ou de son voyage à Moscou.

Il pensait que c’était la bonne formule pour aborder la question, et c’est ce qui se passe lorsque vous suivez cette ligne : vous en arrivez toujours à une position dans laquelle il ne vous reste que des mauvais choix.

Concernant les origines de cette stratégie : dans quelle mesure est-ce de l’aveuglement idéologique ou de la pure ignorance ? Ce qui est déroutant pour beaucoup de gens, c’est de voir agir ainsi un gouvernement composé d’un grand nombre d’intellectuels, de gens qui ont passé toute leur vie à étudier l’économie politique capitaliste contemporaine, à la fois dans l’abstrait et le concret, des gens qui sont des militants politiques. Comment peut-on expliquer ce qui semble être de la naïveté face à leurs adversaires politiques ? Est-ce une idéologie trop profondément ancrée ou était-ce juste un manque d’expérience de la “grande politique” ?

Je pense que nous devons distinguer deux éléments au sein du gouvernement. Le premier est l’aile droite du gouvernement dirigée par deux des principaux économistes, essentiellement Dragasakis mais aussi Giorgos Stathakis. Et puis il y a la direction centrale, Tsipras et les gens autour de lui. Le premier groupe avait une ligne de conduite cohérente dès le départ ; il n’y avait absolument pas de naïveté de leur côté. Ils savaient très bien que l’UE n’accepterait jamais une rupture avec le mémorandum.

Voilà pourquoi Dragasakis a en chaque moment mis tout en œuvre pour ne pas modifier la logique de l’approche globale. Il a clairement saboté toutes les tentatives de Syriza de se doter d’un véritable programme économique, y compris celui qui avait été approuvé par la majorité de Syriza. Il pensait que la seule chose possible était une version améliorée du mémorandum. Il voulait avoir les mains complètement libres pour négocier l’accord avec l’UE ; sans trop apparaître sur la scène, il a réussi à maîtriser l’équipe de négociation, en particulier suite à la mise à l’écart de Varoufakis.

À l’été 2013, il a publié une interview très intéressante qui a fait le « buzz » à l’époque. Ce qu’il proposait n’était pas tant une version allégée du programme de Syriza qu’un autre programme qui améliorait légèrement l’accord existant qu’avait signé Nouvelle Démocratie.

Et puis vous avez l’autre approche, celle de Tsipras, qui s’enracinait effectivement dans l’idéologie de l’européanisme de gauche. Je pense que la meilleure illustration en est Euclide Tsakalotos, une personne qui se considère comme un marxiste ardent, quelqu’un qui vient de la tradition eurocommuniste, avec qui j’ai été dans la même organisation pendant des années. Sa déclaration la plus significative, qui reflète à la fois son idéologie et les perspectives données au gouvernement par la présence de tous ces universitaires, l’a étée dans une interview pour le site français Mediapart en avril dernier.

Lorsqu’on lui a demandé ce qui l’avait le plus frappé depuis qu’il était au gouvernement, il a répondu en disant qu’il était un universitaire, que son travail consistait à enseigner l’économie à l’université. Donc quand il est allé à Bruxelles, il avait préparé très sérieusement l’ensemble de ses arguments et il y allait en pensant que lui seraient présentés des contre-arguments élaborés de manière précise. Mais, au lieu de cela, il s’est retrouvé face à des gens qui n’ont pas cessé de réciter des règles, des procédures et ainsi de suite.

Tsakalotos a dit qu’il était très déçu par le faible niveau de la discussion. Dans l’interview au New Statesman, Varoufakis dit des choses très semblables au sujet de sa propre expérience, bien que son style soit nettement plus conflictuel que celui de Tsakalotos.

On comprend que ces personnes envisageaient la confrontation avec l’UE comme une conférence universitaire où vous venez avec vos jolis rapports et vous vous attendez à ce que l’on vous présente aussi un joli rapport. Je pense que cela est révélateur de ce qu’est la gauche aujourd’hui. La gauche est composée de plein de gens bien intentionnés, mais qui sont totalement impuissants dans le champ de la politique réelle.

Mais cela est également révélateur du genre de dévastation mentale causée par la croyance quasi-religieuse dans l’européanisme. Jusqu’à la fin, ces gens ont cru qu’ils pourraient obtenir quelque chose de la Troïka, ils pensaient qu’« entre partenaires » ils allaient trouver une sorte de compromis, qu’ils partageaient certaines valeurs fondamentales comme le respect du mandat démocratique, ou la possibilité d’une discussion rationnelle fondée sur des arguments économiques.

Dans l’ensemble, l’approche de Varoufakis était plus conflictuelle mais finalement assez semblable, même s’il l’avait enveloppée dans le langage de la théorie des jeux. Selon lui, nous devions jouer le jeu jusqu’à la fin des fins, attendant qu’ils finissent par se retirer, parce que les dommages encourus, s’ils n’avaient pas reculé, auraient soi-disant été trop importants.

Mais ce qui était en train de se passer apparaissait comme un combat entre deux personnes dont l’une risque de perdre une dent tandis que l’autre met en jeu ses deux jambes.

Il est donc vrai qu’il y a eu un manque patent de réalisme élémentaire et que cela nous amène au problème principal de la gauche aujourd’hui : son impuissance.

Et cet européanisme que tu décris dans la faction du centre de la direction de Syriza, quelle est sa nature idéologique ? Parce que ce ne sont pas des libéraux ou même des fédéralistes à la Negri — ce sont des gens qui se définissent dans la plupart des cas comme marxistes. Y a-t-il une influence de Habermas ou d’Étienne Balibar ?

Je pense que, dans ce cas, Balibar est probablement plus pertinent que Habermas. Une fois de plus, je pense que nous devons prendre Tsakalotos au mot. Il a été interviewé par Paul Mason un jour après que les contre-propositions très humiliantes du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, eurent été envoyées.

Lorsque Mason lui a posé la question de l’euro, Tsakalotos a répondu que la sortie serait une catastrophe absolue et que l’Europe devrait revivre les années 1930 avec le retour de la concurrence entre les monnaies nationales et la montée des nationalismes et du fascisme.

Pour ces personnes, le choix se pose entre deux choses : soit être « européen » et accepter le cadre existant, ce qui représente en quelque sorte un pas en avant objectif par rapport à l’ancienne réalité des États-nations, ou être « anti-européen », ce qui est assimilé à une retombée dans le nationalisme, à un mouvement régressif réactionnaire. C’est une légitimation assez pauvre de l’Union européenne — ce n’est pas l’idéal mais il vaut mieux ça qu’autre chose.

Je pense que dans ce cas on peut clairement identifier quelle idéologie est à l’œuvre ici. Bien que vous n’approuviez pas ce projet et que vous ayez de sérieux doutes sur l’orientation néolibérale et le fonctionnement de haut en bas des institutions européennes, vous acceptez d’agir selon ses paramètres et vous n’arrivez pas à imaginer quelque chose de mieux en dehors de son cadre.

Voilà ce que signifie la dénonciation du Grexit, présenté comme une sorte de retour aux années 30 ou comme une sorte d’apocalypse. C’est symptomatique. C’est le symptôme du piège dans lequel est tombée la direction avec son idéologie européaniste de gauche.

C’est plus facile d’imaginer la fin du capitalisme que celle de l’Union européenne ou même de l’euro ? 

Exactement, c’est ce que j’ai déjà écrit il y a quelques années.

Et pourtant, ce genre d’attendrissement à propos de l’Union européenne est incompatible avec l’opinion même de Nicos Poulantzas, en dépit de quelques intellectuels qui utilisent Poulantzas pour défendre la position du leadership.

Oui, Poulantzas a parlé de l’intégration européenne dans la première partie de son livre sur les classes sociales dans le capitalisme contemporain. Dans ce livre, il analyse les processus d’internationalisation du capital et il considère clairement la Communauté économique européenne comme l’exemple d’une forme impérialiste d’internationalisation du capital européen dans le cadre de ce qu’il considérait comme la nouvelle hégémonie structurelle d’après-guerre des États-Unis.

Revenons sur le référendum. Celui-ci est arrivé dans un contexte de crise monétaire, de banques fermées, de réactions hystériques des médias, et des autres partis qui faisaient pression pour le « oui ». Mais quelque chose s’est passé qui a déclenché une contre-réaction chez une grande majorité des Grecs ordinaires. Ont-ils été motivés par la fierté nationale, était-ce essentiellement une question de classe, ou l’ont-ils fait, comme Paul Mason et d’autres le supposent, à cause du souvenir de la guerre civile ? Quelles sont les principales raisons du vote du « Non » ?

De tous les facteurs que tu as mentionnés, le moins pertinent est celui qui se rapporte à la guerre civile. Il faut noter que le « non » a dominé même dans les zones du pays parmi les plus conservatrices comme Laconia, près de Sparte, Messinia, ou d’autres zones dans le centre de la Grèce où la droite domine comme Evrytania. Le vote du « Non » était majoritaire dans tous les comtés de la Grèce.

La dimension de classe est certainement le plus important parmi les trois facteurs que tu mentionnes, que je vais passer en revue par ordre d’importance. Même les commentateurs relativement traditionnels ont reconnu que ce fut l’élection la plus divisée en classes dans l’histoire grecque. Dans les quartiers de la classe ouvrière, il y a eu 70 % ou plus pour le « Non », dans les quartiers de la classe supérieure vous aviez 70 % ou plus de « Oui ».

La réaction hystérique des forces dominantes, la situation dramatiquement concrète créée par la fermeture des banques et le plafond imposé sur les retraits en espèces, etc., ont amené les classes populaires à identifier le camp du « Oui » à tout ce qu’ils détestent. Le fait que le camp du « Oui » ait mobilisé des politiciens impopulaires, des experts, des chefs d’entreprise, plus des célébrités des médias pour leur campagne n’a fait qu’enflammer cette réaction de classe.

La deuxième chose qui est tout aussi impressionnante est la radicalisation de la jeunesse. C’est la première fois depuis la crise que la jeunesse, massivement, fait une déclaration unifiée. 85% des personnes de 18 à 24 ans ont voté « Non », ce qui montre que cette génération, qui a été complètement sacrifiée par le mémorandum, est très consciente de l’avenir qui se présente devant elle et a une attitude claire en ce qui concerne l’UE.

Il y a eu cet article dans Le Monde qui posait la question du pourquoi ces jeunes gens, qui avaient grandi avec l’euro, les programmes Erasmus et l’Union européenne, se retournaient contre elle, et la réponse de toutes les personnes interrogées a été simple : nous savons ce dont il s’agit lorsqu’on parle de l’Europe et l’Europe c’est l’austérité, l’Europe c’est le chantage vis-à-vis des gouvernements démocratiques, l’Europe c’est la destruction de notre avenir.

Cela explique aussi les rassemblements massifs et combatifs de cette semaine qui ont culminé avec les rassemblements du vendredi 3 juillet à Athènes et dans d’autres grandes villes de Grèce.

La troisième dimension est la fierté nationale. Cela explique pourquoi le « Non » a emporté une majorité aussi en dehors des grands centres urbains, là où les lignes entre classes sont plus floues, dans les campagnes grecques et les petites villes. C’était un « Non » à la Troïka, un « Non » à Juncker. Même ceux qui sont sceptiques par rapport au gouvernement et ne se reconnaissent pas dans Syriza ou Tsipras ont vu que c’était clairement une tentative d’humilier un gouvernement élu et de maintenir le pays sous la domination de la Troïka.

Tu as été faire campagne pour le « non » sur les lieux de travail. Peux-tu en parler et évoquer les réactions que tu as rencontrées ? 

C’était évidemment une expérience tout à fait unique. Il y avait une disparité entre les situations — l’atmosphère était difficile dans les chemins de fer qui est une société qui a déjà été en grande partie démantelée dont le reste sera privatisé et dont les ouvriers savaient que le gouvernement Syriza avait déjà accepté la privatisation. Cela faisait déjà partie de la première liste de réformes annoncées par Varoufakis après l’accord du 20 février.

Mais malgré les différents contextes, dans chacun de ces endroits la discussion tournait autour de deux questions différentes : « pourquoi le gouvernement a-t-il fait si peu jusqu’ici, pourquoi a-t-il été si timide ? » et aussi « qu’allez-vous faire après la victoire du non ? »

Il était tout à fait clair pour ces gens que le « Non » gagnerait, parce que la campagne du « Oui » était invisible dans les lieux de travail et au sein de la classe ouvrière en général. Mais il y avait une inquiétude massive à propos de ce qui se passerait après la victoire.

Ainsi, les questions ont été : « quels sont vos projets ? », « qu’est-ce que vous allez faire ? », « pourquoi parlez-vous encore de négociations alors que cela fait cinq mois et demi et qu’il est clair que cette approche a échoué ? ».

Cela m’a mis dans une situation très embarrassante, parce que, en tant que porte-parole de Syriza et membre du comité central, je ne pouvais pas donner des réponses convaincantes à toutes ces questions.

Le « Non » a bien sûr remporté un succès massif. As-tu été surpris par l’ampleur de la victoire ? 

Oui, c’est vrai je ne m’attendais pas à ce que le « Non » atteigne le seuil de 60%. Il faut dire que, parmi les cadres de Syriza, seul Lafazanis l’avait prédit et peu d’autres, même au sein de la Plate-forme de Gauche, étaient d’accord avec lui. On s’attendait plus à quelque chose comme 55%.

Le premier impact immédiat de cette victoire massive du « Non » a été de confirmer la désintégration des partis d’opposition.

Le soir même du résultat, ils ont été complètement défaits et ce fut de loin la défaite la plus dure pour le camp pro-austérité, depuis le début de la crise. Cette défaite était beaucoup plus claire et plus profonde que celle des élections de janvier, car ils étaient regroupés et avaient mobilisé toutes leurs forces, mais ont quand même subi une défaite dévastatrice. Ils ne gagnent pas une seule région en Grèce.

Le dirigeant de Nouvelle Démocratie, et ancien Premier ministre, Antonis Samaras a démissionné presque immédiatement. Et puis, quelques heures plus tard, l’ensemble de ce camp a été ressuscité et légitimé par Tsipras lui-même quand il a fait appel au « Conseil des dirigeants politiques » sous la présidence du Président de la république, un partisan affirmé du « Oui », qui avait été nommé par Syriza à la majorité au parlement en février.

À cette rencontre, on a vu quelque chose d’incroyable, le chef du camp victorieux a accepté les conditions du camp perdant. C’est, il faut le dire, quelque chose d’unique dans l’histoire politique. Je n’avais jamais vu cela avant.

Le gouvernement a peut-être été surpris par la force du vote pour le « Non », et de sa nature de classe (qu’il a du bien comprendre aussi) mais il s’est donc contenté de n’y voir qu’une confirmation de ses plans initiaux. Il n’y a pas eu de prise en compte du fait que quelque chose de plus profond était en œuvre ?

Je ne peux pas vraiment parler de la manière dont ils ont interprété le référendum, car tout le monde était absorbé par les soi-disant négociations (qui étaient en fait une sorte de blague). Je pense que la meilleure expression pour nommer ces négociations a été rapportée par le correspondant à Bruxelles du Guardian, Ian Traynor, qui a écrit que les fonctionnaires de l’UE les avaient appelées un « exercice mental de simulation de noyade ».

Ce qui est clair, cependant, c’est que le gouvernement a immédiatement pris ses mesures pour désactiver la dynamique qui émergeait avec le référendum. Et voilà pourquoi quelques heures après l’annonce du résultat final, cette réunion de tous les dirigeants politiques a été appelée, au sein de laquelle ils ont fixé un programme entièrement différent de celui exprimé par le vote de « Non ».

Le nouvel ordre du jour était que, quoi qu’il arrive — et c’était déjà en préparation depuis plusieurs semaines à l’initiative de Dragasakis, la Grèce devait rester dans la zone euro.

Le moment fort de la déclaration conjointe signée par tous les dirigeants politiques — à l’exception du Parti communiste grec (KKE), qui a refusé de signer, et des nazis, qui n’ont pas été invités à la réunion — était l’affirmation que ce référendum était non pas un mandat de rupture, mais un mandat pour une meilleure négociation. Donc, à partir de ce moment, ça a été n’importe quoi.

Y a-t-il des signes qui prouvent que le point de vue des gens sur la question de la zone euro a évolué avec le référendum ?

Bien sûr que ça évoluait. L’argument qui a été constamment répété par les médias et par les dirigeants politiques en campagne pour le « Oui », mais aussi par tous les dirigeants européens qui ont clairement interféré de manière flagrante tout au cours de cette semaine avant le référendum, était que le vote pour le « Non » était un vote contre l’euro. Donc, il est complètement irrationnel de dire que les gens qui ont voté « Non » n’étaient pas du tout en train d’envisager le risque d’une éventuelle sortie de l’euro ; ils considéraient que c’était la condition pour dire « Non » à de nouvelles mesures d’austérité.

Il est aussi utile de souligner que ce qui s’est passé au cours de cette semaine était un processus de radicalisation de l’opinion publique. On pouvait le sentir et l’entendre dans les rues, les lieux de travail, dans tous les types d’espaces publics. Partout, les gens ne parlaient que du référendum, de sorte qu’il était assez facile de percevoir le sentiment de la population.

Je ne prétends pas que ce sentiment soit homogène. Des gens ont fait valoir l’argument selon lequel le vote « Non » servait juste à donner au gouvernement une autre carte pour les négociations. Je ne dis pas que ce n’est pas vrai. Mais nous devons aussi comprendre que le caractère massif du vote « Non » dans le pays signifie que les gens, plus particulièrement dans la classe ouvrière, la jeunesse et dans les couches moyennes appauvries, ont eu le sentiment qu’ils n’avaient plus rien à perdre, et ils étaient prêts à prendre des risques et à se battre.

L’esprit combatif des rassemblements de vendredi était un autre indicateur de cet esprit. Il était assez impressionnant. Personnellement, je n’avais rien vu de tel en Grèce depuis les années 1970.

Parlons du vote du 11 juillet au Parlement et des propositions envoyées par le gouvernement grec à l’Eurogroupe. À partir de là, il semblait évident que le gouvernement avait accepté la perspective d’un nouveau plan d’austérité. Ces propositions ont finalement été approuvées par 251 voix sur 300, en étant soutenues massivement par les partis pro-austérité. 

Une des conditions posées par les créanciers était que les propositions du gouvernement grec devaient être approuvées par le Parlement, sachant que cela n’était pas logique. Ce n’est même pas, à proprement parler, constitutionnel, parce que le Parlement ne peut voter que pour des projets de loi ou des accords internationaux/interétatiques, ils ne peuvent pas voter sur un simple document qui sert de base de négociation et peut être modifié à n’importe quel moment de cette négociation.

Mais c’était un geste symbolique qui a donné carte blanche au gouvernement pour négocier sur une base considérablement réduite. Les propositions du gouvernement étaient seulement une version légèrement réduite du plan Juncker, rejeté lors du référendum. Donc en fait ce que le gouvernement demandait était l’approbation de la volte-face qu’il avait effectuée durant cette semaine.

Mais si on regarde l’intérieur du groupe parlementaire de Syriza, cela semble assez complexe. Donc, abordons les divergences à l’intérieur des rangs de Syriza et les prises de positions de la Plate-forme de Gauche. 

La position de la Plateforme de Gauche a été considérablement débattue en interne et en particulier à l’intérieur de sa principale composante, le Courant de Gauche dirigé par Panagiotis Lafazanis. L’opinion majoritaire était que nous devions aller vers un vote différencié à ce stade, ce qui signifie que certaines personnes devaient voter « présent » — ce qui techniquement revient à voter « non », mais peut-être avec une signification moins symbolique.

Pourquoi est-ce que cela revient à voter « non » ?

Parce que cela ne change pas le fait qu’il faut une majorité pour faire passer une proposition. Quoi qu’il arrive, il faut 151 voix pour la faire adopter. Il y a une autre partie du groupe qui a voté en faveur des propositions tout en publiant par ailleurs une déclaration disant deux choses. Tout d’abord ils affirmaient leur solidarité politique avec ceux qui ont rejeté les propositions — avec ceux qui ont voté « présent » dans ce cas, et qui ont refusé l’accord — et qu’ils ne voteraient pas pour un accord contenant des mesures d’austérité.

Et le deuxième point est encore plus important que le premier (nous y reviendrons dans un instant certainement). En fait, la pratique constitutionnelle grecque est la suivante : sur chaque projet de loi, le gouvernement doit montrer qu’il a une majorité venant de ses propres rangs, de Syriza lui-même ou de la coalition, ce qui est le cas ici, si nous prenons l’ANEL, le Parti des Grecs indépendants, en compte. Et, en fait, le gouvernement a perdu le contrôle de sa propre majorité.

Bien que ce ne soit pas juridiquement contraignant, il est un fait que dans l’histoire constitutionnelle grecque, lorsqu’un gouvernement perd le contrôle de sa majorité, ce qu’on appelle le dedilomeni (la majorité déclarée), il faut refaire des élections. C’est la raison pour laquelle la discussion sur de nouvelles élections a tout de suite démarré. Des nouvelles élections ont déjà été annoncées, la seule question qui reste et de savoir quand est-ce qu’elles vont se dérouler. Donc, on peut voir que cette ligne — que personnellement je désapprouve, je suis plutôt de ceux qui auraient voulu un vote homogène de « non » ou de « présent » — a échoué parce qu’en fait, avec les sept députés de la Plate-forme de Gauche qui ont voté présent, plus quelques députés de Syriza qui ont aussi voté présent (plus significativement, Zoe Konstantopoulou, la présidente du Parlement et Rachel Makri, une ancienne députée de ANEL qui est maintenant très proche d’elle), le gouvernement avait déjà perdu sa majorité.

Quoi qu’il en soit, maintenant il y a une échéance : tous les députés de la Plate-forme de Gauche vont rejeter le nouveau mémorandum lors du prochain vote, cela a déjà été annoncé. À cela je dois ajouter que les deux députés de la Plate-forme de Gauche, qui ne sont pas membres du Courant de Gauche mais sont proches du Réseau rouge (La Gauche internationaliste des travailleurs DEA et d’autres — les composantes trotskistes de la Plate-forme), ont voté « non » et que ce sont les deux seuls députés de Syriza à avoir voté « non » contre le nouvel accord.

Donc tu es en train de dire que la Plate-forme de Gauche a pris ce positionnement complexe, du moins compliqué vu de l’extérieur des salles du Parlement, parce qu’elle a mal calculé l’ampleur de l’impopularité qu’aurait la proposition de Tsipras ? Elle a sous-estimé à quel point les gens en dehors des rangs de la Plate-forme auraient reculé et se seraient opposés ? Ils imaginaient qu’ils étaient des sortes de « derniers des Mohicans ». Ils pensaient qu’en votant « non », ils allaient causer la chute du Gouvernement et provoquer de nouvelles élections — alors qu’en fait il y avait déjà une crise plus large en cours, impliquant — par exemple — la Présidente du Parlement et dont ils n’ont pas tenu compte dans leurs prévisions ? Ils étaient portés par une préoccupation de légitimité ? 

Je dirais que c’était essentiellement la légitimité, il fallait montrer que leur intention n’était en aucun cas de renverser le gouvernement, mais d’exprimer leur désaccord avec ses actions, d’agiter un drapeau lui indiquant qu’il allait dépasser la ligne rouge. C’était donc de montrer l’illégitimité de la décision de Tsipras sans, à ce stade, opter pour une rupture claire avec le gouvernement. Je dois ajouter que deux des principales figures de la Plate-forme de Gauche, Lafazanis lui-même et le Ministre-député aux affaires sociales, Dimitris Stratoulis, ont voté « non » afin d’être très clairs. Lafazanis a aussi publié une déclaration affirmant que malgré la position politique de la Plate-forme, leur intention n’était pas d’essayer de renverser le gouvernement.

Mais penses-tu que les nouvelles couches radicalisées de la classe ouvrière grecque, qui viennent de remporter un référendum, ont compris ce qui est en train de se passer ?

Eh bien, ils ont compris que le gouvernement avait perdu le contrôle de sa propre majorité. Les médias ont fait le travail pour nous, en se concentrant sur Lafazanis et en faisant état de qui a voté « Non », « présent » et « absent », etc. Je dois aussi ajouter que, parmi ceux qui étaient absents, il y avait les quatre députés du courant maoïste (KOE) et Yanis Varoufakis lui-même, qui, soi-disant, avait « des obligations familiales ». Donc, les médias ont finalement fait en sorte que tout le monde prenne conscience qu’il y avait une scission au sein du groupe parlementaire de Syriza.

Immédiatement, les éléments les plus droitiers de Syriza ont exigé que ceux qui avaient été en désaccord d’une façon ou d’une autre démissionnent immédiatement de leurs fonctions, y compris de leurs sièges parlementaires. Donc, il était tout à fait clair que Syriza était fracturée, même si bien sûr les tactiques ne sont pas évidentes.

Le vote le plus symbolique et crucial arrive maintenant. Le vote de la semaine dernière était un vote sur les propositions de négociation. Le prochain vote, qui déterminera l’avenir de Syriza et du pays, sera le vote sur l’accord signé dimanche. Selon l’information que j’ai jusqu’ici, la tendance de ce vote sera absolument limpide et deviendra dans la mémoire populaire le véritable parallèle avec les célèbres votes de mai 2010 et de février 2012, quand tout le monde regardait tout le monde, et surtout qu’on observait chaque député de manière individuelle, pour voir comment ils voteraient à cette occasion.

Que penses-tu des arguments de certains comme Alex Callinicos, avec lequel tu as débattu il y a quelques jours, au moment où la Plate-forme de Gauche avait la légitimité du référendum et tâtonnait sur l’opportunité que cela représentait ?

Je pense qu’il est trop tôt pour dire si nous avons perdu cette opportunité ou non. Les choses ne se jouent pas sur un moment unique, ou en tout cas pas sur ce moment-là. Maintenant, c’est un processus qui est en cours et je pense que le véritable choc pour la société arrive avec le nouvel accord. À ce stade, nous pouvons dire que la décision de la Plate-forme de Gauche est de revendiquer le parti et de demander l’organisation d’un congrès. Je pense qu’il est assez clair que ce revirement de Syriza n’est soutenu que par une minorité à l’intérieur du parti.

Bien sûr, nous connaissons l’infini potentiel de manipulation des procédures de parti et bien sur, il existe en la matière une incroyable capacité à innover. Cependant, j’ai du mal à croire que la majorité des membres de Syriza approuve la manière dont les choses se sont passées. Dans l’ensemble, la direction de Syriza va résister âprement à tout appel à un congrès. Nous verrons bien, car les statuts nous permettent d’appeler à une rencontre du comité central.

Mais objectivement, le processus qui va mener à la désintégration de Syriza est déjà en cours. Le Syriza que nous avons connu est terminé et la rupture est inévitable. La seule question qui reste est le « comment » cela va se passer et quelle forme cela va prendre.

Cependant, ce qui peut aussi arriver, c’est une refonte drastique de la majorité gouvernementale vers une certaine forme « d’unité nationale » ou de cabinet de « grande coalition ». Toute la logique de la situation semble aller dans cette direction.

Les quatre ministres de la Plate-forme de Gauche vont quitter le cabinet cette semaine et le vote sur l’accord qui aura lieu demain au Parlement permettra de valider l’existence d’une nouvelle majorité pro-austérité, regroupant la plupart des députés de Syriza et de tous les autres partis, à l’exception du KKE et des nazis. Il est prévu que près de quarante députés de Syriza rejettent l’accord et ils pourraient être suivis par certains des Grecs indépendants. Déjà le leader de To Potami (la Rivière) se comporte comme un ministre en attente et la Droite parle ouvertement de la possibilité de rejoindre le gouvernement, même si aucune décision n’a encore été prise.

Mais là tu décris le comportement de Plate-forme de Gauche comme s’il s’agissait d’un bloc discipliné. Donc tu suggères qu’il n’y a pas de fissures à l’intérieur, que le vote n’était pas la manifestation de désaccords mais plutôt une manœuvre tactique ? 

On a eu quelques pertes, mais elles sont assez limitées, et nous avons réussi à maintenir la cohérence de la Plate-forme de Gauche. Pour moi c’était clairement une erreur de ne pas avoir présenté notre plan alternatif avant, mais le document avait été soumis à l’assemblée plénière du groupe parlementaire et avait été avancé comme une déclaration commune de la Plate-forme de Gauche, impliquant les deux composantes : le Courant de Gauche et le Réseau Rouge. Il est absolument crucial de maintenir la cohérence entre ces deux composantes. Mais il est d’autant plus crucial en fait, pour la gauche de Syriza, d’agir en cohésion.

Il y a toutes sortes d’initiatives qui viennent de plus loin que les rangs de la Plate-forme de Gauche en réaction à ce qui se passe. Déjà, nous savons que la tendance de ce qu’on appelle les 53 (l’aile gauche de la majorité) s’est désintégrée, et qu’il y aura de grands réalignements de ce côté. L’essentiel est pour nous d’agir en représentation légitime du camp du « Non », le camp anti-austérité, qui inclut la majorité dans la société grecque et qui a été objectivement trahi par ce qui se passe.

Et, statutairement, la direction est-elle en position de purger Syriza ?

Elle est certainement en position de purger le gouvernement, et c’est une bonne chose. Bien sûr, cela signifie que les ministres de la Plate-forme de Gauche seront bientôt expulsés du cabinet. Pour Syriza, on verra.

Mais ils peuvent utiliser certaines procédures ?

C’est vraiment difficile d’expulser quelqu’un de Syriza, mais nous verrons comment ils manipulent les procédures au niveau du comité central.

Et peut-on forcer les gens à renoncer à leurs sièges ?

Non, ils ne peuvent pas. C’est vraiment impossible. Il y a une sorte de Charte qui a été adoptée par tous les candidats de Syriza qui ont été élus députés, disant qu’ils doivent renoncer à leur siège s’ils sont en désaccord avec les décisions prises par la majorité. Mais la décision du Gouvernement n’a été approuvée par aucune instance du parti. Le comité central de Syriza, qui est le seul organe élu par le congrès, n’a pas été convoqué depuis des mois. Donc, la légitimité interne des décisions de Syriza, et bien sûr, leur légitimité au sein de la société grecque, est inexistante.

Mais dans le cas de nouvelles élections, la direction de Syriza peut-elle décider d’exclure des personnes ?

C’est bien entendu leur intention. On en parlait déjà avant le référendum, au cours de la dernière phase du processus de négociation lorsque l’impasse devenait de plus en plus évidente — les gens disaient que Tsipras devrait appeler à de nouvelles élections et de par les élections purger tous les candidats à la gauche du parti. Et je pense que c’est le type de démarche qu’ils ont en tête. Donc, ce sera une bataille entre le fonctionnement et la légitimité de Syriza et sa façon de manipuler l’ordre du jour et le calendrier politique, plus particulièrement en appelant à de nouvelles élections.

Quelle est votre évaluation de l’accord qui a été signé la semaine dernière entre le gouvernement grec et l’Eurogroupe ?

L’accord est, à tous les niveaux, dans la continuité de la thérapie de choc qui a été consciemment appliquée à la Grèce au cours des cinq dernières années. Il va même plus loin que tout ce qui a été voté jusqu’ici. Il comprend les mesures d’austérité qui avaient été constamment mises en avant par la Troïka pendant des mois, avec des objectifs d’excédents primaires élevés, une augmentation des revenus grâce à la TVA et toutes les taxes exceptionnelles qui ont été créées ces dernières années, de nouvelles réductions dans les pensions et dans les salaires du secteur public, parce qu’effectivement la réforme de l’échelle salariale va certainement entraîner des coupes dans les salaires.

Il y avait aussi d’importants changements institutionnels, comme le produit intérieur qui deviendrait pleinement autonome par rapport au contrôle politique du pays et qui deviendrait en fait un outil dans les mains de la Troïka, plus la création d’une autre commission « indépendante » pour suivre la politique budgétaire, et qui sera habilitée à introduire des coupes horizontales automatiquement si les objectifs en termes d’excédents primaires ne sont pas atteints.

Maintenant, ce qu’il y a en plus et qui donne une saveur particulièrement féroce à cet accord, c’est avant tout qu’il a confirmé avec force que le FMI est là pour rester. Deuxièmement, les institutions de la Troïka seront présentes de façon permanente à Athènes. Troisièmement, Syriza ne peut mettre en œuvre deux de ses principaux engagements, le rétablissement de la législation du travail — il y a quelques vagues références à la meilleure pratique européenne, mais il est explicite que le gouvernement ne peut pas retourner à l’ancienne législation — et bien sûr, l’augmentation du salaire minimum.

Le programme de privatisation a été amené à un niveau incroyable — on parle de 50 milliards de privatisations — donc absolument tous les biens publics seront vendus. Et ce n’est pas tout, l’argent, dans son entièreté, sera transféré à une institution complètement indépendante par rapport à la Grèce. On a parlé de l’envoyer au Luxembourg, mais finalement ce sera situé à Athènes, mais de toute façon ce sera un organisme sans aucun contrôle politique. C’est le genre de procédé Treuhand qu’on a vu avec la complète privatisation des biens de l’Allemagne de l’Est / qu’on a vu avec la complète privatisation des biens de l’Allemagne de l’Est par la Treuhand2.

Et la plus forte de ces mesures est que, mis à part les lois de nature humanitaire qui ne sont qu’une partie minime du programme de Syriza et donc ne représentent qu’un geste symbolique, le reste des quelques lois de la politique économique et sociale du Gouvernement devront être retirées par celui-ci.

Et que dire de toutes ces questions que les libéraux et les sociaux-démocrates utilisent pour donner des arguments politiquement corrects afin de justifier l’austérité, à savoir le budget de la défense et de l’Église orthodoxe ?

L’Église n’a rien à voir. Il y a une réduction radicale du budget de la défense qui est effectivement mise en avant et il y avait une vague discussion sur la possibilité de rendre le remboursement de la dette plus viable, tout en rejetant explicitement toute restructuration ou annulation de la dette à proprement parler.

Ça ne va rien changer parce que les taux d’intérêts de la dette grecque sont déjà assez bas et le remboursement annuel est déjà fort étendu sur le long terme donc il n’y a que peu de marge pour alléger le fardeau de la dette de cette manière. Et nous ne devons pas oublier que l’accord n’est qu’un préliminaire au mémorandum qui accompagnera le nouveau prêt de 86 milliards, et qui mènera bien entendu à une augmentation future de la dette.

Donc, cette vague clause à propos d’une future reconsidération des termes du remboursement de la dette n’est qu’un geste rhétorique pour permettre à Tsipras de dire qu’il a fait reconnaître la nécessité de traiter la question de la dette. Ce n’est que de la rhétorique pure, des mots vains et vides de sens.

Penses-tu que c’était une erreur de la part du Gouvernement et de la Gauche de ne pas avoir fait quelque chose à propos de l’Église orthodoxe, de l’armée, du budget de la défense et d’avoir ainsi donné des arguments à leurs opposants ? 

Honnêtement, ce n’était pas la priorité. La dette grecque est essentiellement due à la situation économique d’ensemble du pays qui a mené une croissance insoutenable alimentée par les emprunts des années précédentes. Elle est aussi due au fait que l’État grec n’a pas correctement taxé le capital et les classes moyennes et supérieures. C’est ça la base du problème. Pas les mythes à propos de l’Église.

C’est difficile, taxer l’Église n’est pas quelque chose que l’on peut faire du jour au lendemain, parce que les biens qu’elle possède sont extrêmement diversifiés. La plupart de ces biens prennent la forme de sociétés ou de recettes provenant de la terre ou de l’immobilier. Donc, on mystifie ce sujet alors qu’en réalité, si vous taxez correctement ce type de revenus et la richesse, vous taxez aussi l’Église en même temps.

Donc il est faux de penser que le gouvernement aurait eu peur du coût politique, même vis-à-vis d’ANEL et plus généralement dans le pays, d’une ligne dure face à l’Église ?

On peut vraiment reprocher beaucoup de choses à ce Gouvernement, mais honnêtement, le reproche d’avoir essayé de faire peser le fardeau de la responsabilité à ANEL est le moins pertinent.

Je dirais même que les actes les plus choquants se situent dans le domaine de la défense ou de politique étrangère, comme par exemple le maintien de l’accord militaire avec Israël et le fait de réaliser des exercices conjoints dans la Méditerranée avec les Israéliens, ce sont des décisions prises par des personnes clés de Syriza, comme Dragasakis. C’est tout dire que d’évoquer le fait qu’il représentait le gouvernement grec à la réception donnée par l’ambassade d’Israël pour célébrer 25 années de relations diplomatiques normales entre la Grèce et Israël.

Que dire de ceux qui voient un autre aspect de la situation et qui veulent présenter les choses dans le sens que Tsipras a réintroduit la question politique dans les discussions techniques, qu’il a maintenant mis à jour l’UE telle qu’elle est réellement et que maintenant Merkel et les autres apparaissent aux yeux de l’opinion publique comme les monstres qu’ils sont en réalité, etc. ? 

Je pense que cela a été le cas, mais par inadvertance. Un camarade me disait par message personnel qu’il est vrai que Syriza a réussi à rendre l’UE bien plus odieuse aux yeux du peuple grec que tout ce que Antarsya ou le KKE ont été capables d’accomplir en 20 ans de rhétorique anti-UE sur le terrain !

Parlons de ce qui va se passer maintenant. Il va y avoir un nouveau vote sur le programme d’austérité et tu penses que la Plate-forme de Gauche va voter contre. Il va y avoir un congrès d’urgence pendant lequel le parti espère pouvoir regagner une majorité, avec sans doute des scissions et des expulsions. Et ensuite ? Une reconstruction de la Gauche avec des éléments d’Antarsya ?  

Je crois qu’il est trop tôt pour voir aussi loin.

Mais les relations entre la Plate-forme de Gauche et Antarsya se sont améliorées ?

Je crois que ce qui est important c’est que la plupart des sections d’Antarsya se sont vraiment battues dans le cadre du référendum, et à beaucoup d’endroits il y avait des comités locaux impliquant toutes les forces du « Non », c’est-à-dire surtout Syriza et des sections d’Antarsya. Donc, je pense qu’il y a une possibilité politique qui doit être explorée.

Cependant, je ne suis pas optimiste quant à Antarsya en tant que telle car ce qui tient cette coalition soudée c’est toujours le même ultra-gauchisme. On peut déjà constater la manière dont ils analysent la défaite, à travers laquelle ils estiment qu’ils avaient eu raison. C’est l’échec de toute la gauche réformiste, ce dont nous avons besoin c’est d’un parti véritablement révolutionnaire et, bien sûr, eux en sont l’avant-garde et constituent le noyau de ce parti. Et ils vont continuer dans cette voie. Donc, je pense qu’il y aura une certaine recomposition, mais je pense qu’elle sera limitée.

Et qu’en est-il du potentiel d’un mouvement social ; on parle d’une grève générale dans le secteur public?

C’est le facteur inconnu le plus décisif. Quel est le contexte maintenant ? Nous avons un nouveau mémorandum et nous avons une reconfiguration de la majorité parlementaire qui le soutient.

Ce sera symboliquement validé par le vote qui va avoir lieu, où nous allons voir la majorité des députés de Syriza voter avec les partis pro-austérité pour le nouveau mémorandum, et une fois encore nous aurons, dans ce pays, un écart entre la représentation politique et les gens. Donc, cette contradiction doit être résolue.

Il est clair qu’un espace s’est maintenant ouvert pour les nazis. Ils vont certainement essayer d’en faire le meilleur usage. Ils ont déjà voté contre la proposition du gouvernement, ils vont certainement voter contre le nouveau mémorandum et crier à une nouvelle trahison. La grande question est de savoir quel sera le niveau de mobilisation sociale face au tsunami de mesures qui vont inévitablement tomber sur les épaules des travailleurs. Et bien sûr, l’urgence absolue de la reconstitution d’un combat anti-austérité à gauche. C’est clairement le principal défi.

Nous savons que nous avons des éléments pour reconstruire la gauche, nous savons qu’une lourde responsabilité repose sur les épaules de la gauche de Syriza, dans le sens large du terme. Dans le sens le plus étroit du terme une responsabilité encore plus lourde repose sur les épaules de la Plate-forme de Gauche, parce que c’est la partie la plus structurée, cohérente et politiquement lucide de ces forces. Ce sera donc le test des prochains mois.

Revenons un peu en arrière pour observer le processus dans son ensemble et la première interview que tu as donnée à Jacobin : d’abord sur la stratégie globale de la Plate-forme de Gauche et son choix de travailler au sein du gouvernement et au sein des mouvements sociaux en même temps. Quel est votre bilan sur cette stratégie ?

Tout d’abord, il faut revenir sur le contexte. J’avais dit dans l’interview qu’il n’y a que deux possibilités face à la situation grecque, la confrontation ou la capitulation. Donc, nous avons eu une capitulation, mais nous avons eu aussi des moments de confrontation, même s’ils ont été mal menés par le gouvernement. C’était ça le véritable test.

Évidemment, la stratégie du « bon euro » et de l’ « européanisme de gauche » s’est effondrée, et beaucoup de gens s’en rendent compte seulement maintenant. Le processus du référendum l’a clairement montré et l’expérience a été menée jusqu’au bout. Ce fut une leçon difficile, mais nécessaire.

La seconde hypothèse que je formulais à l’époque était qu’il fallait des succès politiques, y compris au niveau électoral, pour déclencher des nouveaux cycles de mobilisation. Je pense que cela s’est également avéré exact à deux moments cruciaux.

Le premier était pendant les trois premières semaines qui ont suivi l’élection, quand le ton était très combatif, conflictuel, et les esprits étaient échauffés. Cette période s’est terminée avec l’accord du 20 février. Et, à partir de ce moment, on est retombé dans la passivité, l’anxiété et l’incertitude quant à ce qui se passait. Le deuxième moment a bien sûr été le référendum. Ensuite, nous avons vu comment une initiative politique qui ouvre un espace de confrontation libère des forces et agit comme un catalyseur pour les processus de radicalisation dans la société dans son ensemble. C’est une leçon que nous devons également apprendre.

À propos des liens actuels entre les mouvements sociaux et la Plate-forme de Gauche. Eh bien, étant donné le pauvre bilan du gouvernement, ce que nous pouvons dire est qu’il n’y a pas eu d’initiatives gouvernementales spécifiques qui pourraient ouvrir des espaces solides pour la mobilisation populaire. Ces mesures n’ont effectivement jamais été prises. Donc cette hypothèse, à ce niveau au moins, n’a pas été testée. Et c’est quelque chose de beaucoup plus familier qui se mobilise contre les politiques d’un gouvernement converti à l’austérité.

Plus généralement, Syriza n’a mis en œuvre presqu’aucune mesure de son programme électoral. Le mieux qu’aient pu faire les ministres de la Plate-forme de Gauche est d’avoir bloqué un certain nombre de processus, en particulier la privatisation du secteur de l’énergie qui allait commencer. Ils ont gagné un peu de temps, mais c’est tout. Ce qu’on a aussi pu constater pendant cette période au gouvernement est que la direction est devenue totalement autonome par rapport au parti. Ce processus avait déjà commencé — nous en avons parlé lors de notre dernière conversation — mais maintenant il a atteint une sorte de niveau paroxystique.

Il a également été amplifié par le processus de négociation qui a déclenché la passivité et l’anxiété des personnes et des secteurs les plus combatifs de la société, les conduisant à l’épuisement. Avant le référendum l’ambiance était clairement : « Nous ne pouvons plus supporter ce genre de processus de simulation de noyade, à un certain moment, ça doit s’arrêter. »

Il y a quelque chose que personnellement je n’avais pas prévu. Je pensais que le rythme serait plus rapide. Je n’avais pas prévu que ce processus d’enlisement jusqu’à l’impasse absolue prendrait si longtemps, ce qui a considérablement limité notre propre espace d’initiative.

C’est bien sur le moment de faire une inévitable auto-critique, et ça ne fait que commencer. De toute évidence, la Plate-forme de Gauche aurait pu faire plus de propositions alternatives pendant cette période. L’erreur est d’autant plus flagrante que l’autre proposition existait, il n’y avait que l’hésitation en interne sur le moment approprié pour l’avancer.

Nous nous sommes laissés neutraliser et dépasser par l’enchaînement sans fin des négociations, des moments de tensions, etc., et ce n’est que lorsqu’il a été trop tard, lors de cette réunion plénière du groupe parlementaire, qu’une version réduite de cette proposition a finalement été rendue publique et a commencé à circuler. C’est clairement quelque chose que nous aurions du faire avant.

Et que penses-tu des attaques de Costas Lapavitsas qui a déclaré que la Grèce ne serait pas prête pour un Grexit et qu’il n’y a donc aucune issue ?Même si c’est empiriquement vrai que le Grexit manquait de préparatifs, l’un des problèmes avec cette formulation est qu’il est une sorte d’auto-renforcement, parce que les gens qui veulent le Grexit ne seront jamais en mesure de faire les préparatifs.

Je pense que la déclaration de Costas a été mal interprétée. Tout d’abord, Costas est l’une des cinq personnes qui ont signé directement le document proposé par la Plate-forme de Gauche qui disait clairement qu’une alternative est possible, même maintenant, immédiatement.

Ce que Costas a voulu souligner dans sa déclaration exprimée derrière les portes closes du groupe parlementaire, c’est que le Grexit doit être préparé en pratique et qu’il y avait un choix politique de ne pas le préparer donc de couper toute possibilité matérielle de choix alternatifs au moment le plus critique.

Il y a eu une stratégie de la terre brûlée très systématique de la part du gouvernement. Et je pense que Giannis Dragasakis étaient particulièrement attentif à ce que cela se passe ainsi — il a fait en sorte qu’il soit impossible d’avancer vers un contrôle public des banques. Il est l’homme de confiance des banquiers et des secteurs de la grande entreprise en Grèce et, depuis que Syriza a pris le pouvoir, il a fait en sorte que le noyau du système reste inchangé.

Et tu confirmes que des premiers préparatifs de Grexit ont été mis sur la table et rejetés ?

Très vaguement. Dans les réunions du cabinet restreint, qu’on appelle le Conseil du Gouvernement, où ne participent que les dix principaux ministres, Varoufakis avait mentionné la nécessité de considérer le Grexit comme une action possible et de se préparer pour cela. Je pense qu’il y avait quelques propositions pour une monnaie parallèle, mais tout cela restait assez vague et mal préparé.

Maintenant, comme je le disais plus tôt, dans son interview au New Statesman, Varoufakis présente un récit selon lequel il a préparé un plan alternatif dès la programmation du référendum. Mais c’est aussi une confession du fait que c’est arrivé trop tard.

À part la question du rythme des négociations et de la démoralisation qui s’ensuivrait, selon toi, qu’avais-tu mal, ou pas du tout compris à l’époque de notre premier entretien ?

J’ai repassé le film dans ma tête un grand nombre de fois ces dernières années pour essayer de trouver des endroits de bifurcation. Et pour moi, un moment charnière a été la période juste après le pic des mobilisations populaires en automne 2011 et juste avant les élections du printemps 2012.

Tu sais sans doute qu’à ce moment, j’étais très impliqué, avec Costas Lapavitsas et d’autres camarades, y compris des dirigeants de la Plate-forme de Gauche, dans des démarches pour construire un projet réunissant toute la gauche anti-européaniste.

La discussion était allée très loin en fait, il y avait même une ébauche de document rédigé par Panagiotis Lafazanis et amendé par d’autres. L’idée était de créer un espace de discussion et d’action communes entre la Plate-forme de Gauche de Syriza, certaines sections d’Antarsya et quelques mouvements sociaux. L’initiative n’a jamais porté ses fruits parce qu’elle a été rejetée par la principale composante de la direction d’Antarsya, NAR (le Nouveau Courant de gauche). Ils ont montré qu’ils ne comprenaient pas la dynamique de la situation et le besoin de changement dans la configuration et les modes d’intervention de la gauche.

Une fois que cette possibilité a échoué, il ne restait qu’une alternative. La force réelle de la gauche radicale devait être mise à l’épreuve et, dans un sens, seul Syriza représentait une possibilité d’expression pour une vision alternative.

Avec le recul, on pourrait dire que certains groupes de la gauche grecque, moins liés aux partis politiques, auraient pu tenter une initiative de type Podemos, ou, pour être plus réaliste, quelque chose comme Candidatura d’Unitat Popular en Catalogne avec des sections de la gauche radicale et des mouvements sociaux.

Mais, à nouveau, il n’y avait pas d’acteurs prêts à se lancer dans cette idée. Chacun s’est laissé freiner par les limites des structures existantes et la seule réelle tentative de redistribuer les cartes n’a pas réussi à aboutir à cause du poids trop important de l’ultra-gauchisme traditionaliste.

Voudrais-tu ajouter quelque chose ? 

Oui, je voudrais faire une remarque plus générale sur la signification que l’on donne au fait d’avoir eu raison ou d’avoir été vaincu dans un combat politique. Je crois que pour un marxiste, il faut prendre le temps de comprendre la signification historique de ces termes. On pourrait dire que tu as eu raison parce que les faits t’ont donné raison. C’est l’habituelle stratégie du « je l’avais bien dit ». Mais si on se révèle incapable de donner une signification politique à ce fait d’avoir raison, alors on a échoué. Car si vous n’avez pas le pouvoir et que vous vous êtes révélé incapable de transformer votre position en une position portée par les masses, alors il est clair que politiquement vous êtes vaincu. Ça c’est la première chose.

La deuxième chose est que tout le monde n’a pas échoué de la même manière et avec la même ampleur. Je tiens à insister sur ça. Je pense qu’il était crucial de mener la bataille à l’intérieur de Syriza.

Comprenez-moi bien. Qu’avions-nous comme choix ? Le résultat du test de cette période décisive est qu’autant le KKE qu’Antarsya ont prouvé que leur importance est négligeable. Pour nous, le seul autre choix aurait été de rompre avec la direction de Syriza plus tôt. Et même, vu le contexte dans lequel nous étions après la bifurcation cruciale de fin 2011, début 2012, nous aurions été immédiatement marginalisés.

Le seul résultat concret qui aurait pu en résulter aurait été d’ajouter encore quelques groupes à la douzaine qui constitue déjà Antarsya et Antarsya aurait remporté 1% plutôt que 0,7%. Cela signifiait aussi offrir Syriza sur un plateau à Tsipras et à sa majorité, ou du moins aux forces qui ne sont pas dans la Plate-forme de Gauche.

Maintenant, il est clair que pour la société grecque, la seule opposition de gauche visible au gouvernement est le KKE. On ne peut pas nier ce fait, mais ils sont totalement insignifiants d’un point de vue politique. Nous n’avons pas parlé du rôle du KKE pendant le référendum, mais c’était vraiment une caricature de leur insignifiance. Ils ont appelé à un vote nul en demandant aux gens de voter sur des bulletins qu’ils avaient faits eux-mêmes avec un « double-non » (non à l’UE et non au gouvernement). Ces bulletins n’étaient évidemment pas valides et toute l’opération s’est soldée par un fiasco. Les dirigeants du KKE n’ont même pas été soutenus par leur propre base, et ces bulletins invalides n’ont été utilisés que par 1% des votants.

Et, à côté d’eux, il y a la Plate-forme de Gauche. Les grecs le savent et les médias ne cessent de nous le répéter, la bête noire de Tsipras c’est Lafazanis et la Plate-forme de Gauche. On peut aussi ajouter Zoe Kostantopoulou dans cette catégorie.

Je pense que nous sortons grandis de ce qui s’est passé. Nous avons une base sur laquelle démarrer un nouveau cycle, une force qui a été à l’avant-plan de cette bataille politique et qui a une expérience sans précédent. Tout le monde est bien conscient que si nous ne construisons pas sur cet acquis, la gauche ne sera plus qu’un champ de ruines.

De ce point de vue, celui de la reconstruction de la gauche anticapitaliste, sans prétendre que nous sommes la seule force qui peut jouer un rôle, nous reconnaissons combien les enjeux sont majeurs, ce qui nous investit d’une haute responsabilité sur ce que nous allons faire dans les temps à venir.

Traduction : S. Nerina, pour www.avanti4.be

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  • 1. IOU (« I Owe You ») : Il s’agit d’une promesse écrite de paiement émise par un débiteur qui, pour une raison ou une autre, n’a pas d’argent liquide.
  • 2. Agence chargée de mettre en œuvre la privatisation (NdT).

#bestof: —” Tragédie grecque, catastrophe européenne ” …

 

<!– http://special.lesinrocks.com/festival2012/pub/mzFrame.html–>

Européen convaincu par éthique de conviction (j’aspire à l’union des peuples plutôt qu’à leurs égoïsmes et divisions) et par éthique de responsabilité (dans une éco-finance globalisée et face à des puissances telles que les Etats-Unis ou la Chine, l’Europe est plus forte unie que morcelée), les derniers jours de la farce tragique gréco-eurozonée et l’accord qui en a laborieusement découlé m’ont refilé un gigantesque coup de blues.

Passons sur les slaloms tactico-confus d’Alexis Tsipras (un jour je me barre et j’organise un référendum, le lendemain je reviens avec des propositions qui sont le contraire de ce que souhaitent la majorité des Grecs, puis je signe un accord auquel je ne crois pas) qui prouve une chose que j’ai toujours exprimée : on ne peut pas faire une politique de gauche tout seul dans son coin face à un contexte européen (et international) puissant qui penche nettement vers le libéralisme.Il faut être gramscien : pour que la gauche ait une chance, il faut d’abord un contexte et un rapport de force qui lui soient un peu favorables. Si Podemos remportait les législatives espagnoles, on pourrait peut-être en reparler.

Passons aussi sur le rôle flou de l’Italie ou de l’Espagne, passons sur la position d’arbitre de la France et sur l’autosatisfaction de François Hollande. Certes, la France est le seul pays d’importance qui ait un peu pris le parti des Grecs, mais au final, c’est fanny paye l’apéro : l’accord est celui de la ligne dure allemande. Arrêtons-nous donc sur l’intransigeance de l’Allemagne (SPD inclus) et de ses caniches austérito-libéraux du Nord (Finlande, Pays-Bas, Slovaquie…).

Casser Tsipras

Pourquoi demander toujours plus d’efforts à un peuple qui a déjà la tête sous l’eau après cinq ans d’efforts colossaux ? Pourquoi persister dans une politique d’austérité et de psycho-rigidité budgétaire qui a amplement prouvé qu’elle était un remède pire que le mal et qui est dézinguée par les plus grands économistes internationaux (dont les prix Nobel Krugman et Stiglitz) ?

Pourquoi refuser obstinément de réduire et de rééchelonner une dette que tous les experts jugent insoutenable (d’autant que ce type d’ajustement a déjà été fait de nombreuses fois dans l’histoire pour le plus grand bien des peuples concernés, y compris au profit de l’Allemagne) ?

Pourquoi se braquer  comme des cabochards et mettre en péril les fondements économiques et politiques de l’Europe pour un pays dont le PIB ne représente que 2 % de celui de la zone euro ? Pourquoi être inflexible avec la Grèce et sa dette de 350 milliards (soit pas grand-chose à l’échelle européenne) mais très flexible avec les dettes française, italienne, espagnole, sans parler des dettes hors euro de l’Angleterre, des Etats-Unis, du Japon, et sans parler non plus des milliers de milliards qui circulent dans les paradis fiscaux au nez et à la barbe des Etats, des démocraties, et des peuples ?

Tout cela est tellement absurde sur le plan économico-financier qu’on ne voit qu’une raison, et elle est idéologique. Schauble, Merkel, Dijsselbloem et consorts ne supportent pas qu’un dirigeant de gauche soit au pouvoir, qu’il infléchisse la politique de la zone euro et qu’il réussisse. Dans leur esprit, il faut tout faire pour casser Tsipras, ne rien lui céder, ne faire aucun compromis, parce que s’il gagnait le moindre centimètre, rendez-vous compte, ce serait un signal pour les autres pays, cela pourrait signifier qu’une autre politique économique et une autre Europe seraient possibles. Et ça, le club des merkelo-libéraux a du mal à l’accepter, trop accro à son pouvoir et à ses vérités.

Ce choc entre la souveraineté d’un pays membre et la souveraineté de la zone euro pose un problème de démocratie. Je ne dis pas qu’il n’y a aucune démocratie en Europe ou que la zone euro est une dictature parce que les dirigeants européens, les austérito-libéraux d’Allemagne, de Finlande, de Slovaquie, etc., ont été élus par leurs peuples. Ils peuvent se réclamer de la même légitimité démocratique que Tsipras et ils sont à 16, 17 ou 18 contre 1. Mais il est patent que cette Europe à mi-chemin des souverainetés nationales et d’une souveraineté fédérale européenne fonctionne mal économiquement, monétairement, politiquement, démocratiquement. Faute d’une légitimité européenne universelle (découlant par exemple d’une élection d’un gouvernement d’Europe au suffrage universel direct), c’est le pays le plus fort économiquement, l’Allemagne, qui est aux manettes. Et les intérêts égoïstes nationaux l’emportent sur l’intérêt général européen.

Payer un peu pour les Grecs

Ainsi, quand les dirigeants allemands ou slovaques clament qu’ils en ont marre de payer pour les cigales grecques, la majorité de leurs électeurs sont derrière eux et pensent la même chose. Mais c’est vraiment penser avec ses pieds. Les dirigeants disent qu’on file des milliards aux Grecs et ça paraît énorme. Mais ils ne disent pas que ces milliards représentent en réalité très peu en pourcentages pour la zone euro et pour chaque contribuable. Ils ne disent pas non plus ce que dit Stiglitz, à savoir que cet argent prêté aux Grecs sert essentiellement à rembourser les banques européennes et qu’une infime partie arrive jusqu’aux poches vides des citoyens grecs. Si l’Europe existait vraiment, on ne devrait pas être choqué de payer un peu pour les Grecs.

En tant que contribuable français, ça ne me gêne absolument pas que quelques euros de mes impôts renflouent les Grecs, de même qu’ils sont dispatchés dans des régions françaises où je n’habite pas. Au contraire, je préfère cet usage au financement de ronds-points, de Rafales ou de marchés publics truqués. Imagine-t-on que les New-Yorkais disent “ras-le-bol de payer pour l’Alabama, qu’on les dégage des USA” ? Imagine-t-on qu’un Parisien ou un Lyonnais pense que la Creuse doit être exclue de la République française (Creuxit ?) parce qu’elle n’est pas assez industrielle ? Imagine-t-on qu’un Bavarois dise raus à la Poméranie parce qu’elle est trop pauvre ? Pourquoi les solidarités entre régions économiquement disparates seraient-elles naturelles au sein d’un pays mais le diable au niveau de l’Europe ?

Davantage de gauche en Europe

Mystère des nationalismes. Si on veut l’Europe, l’euro ne suffit pas, il faut une économie, un budget, une fiscalité, des règles sociales et une solidarité communes, une banque centrale agissante (cela dit, elle agit déjà au-delà de ce que disent les traités). On veut une Europe par le haut de l’état-providence, pas une Europe par le bas de la loi du marché.

Or, cette litanie de sommets de la dernière chance et ces négos interminables, cet accord brutal qui pointe le flingue sur la tempe de la Grèce, donnent le spectacle d’une Europe d’épiciers, mesquine, rigide, austère et démocratiquement déficiente. Merkel, Schauble, Dijsselbloem et consorts viennent de faire une publicité très forte pour les europhobes. Trop fort.

Pour éviter ce choix entre la peste actuelle de l’euro-mark, de l’austérité et de la domination germanique, et le choléra du nationalisme xénophobe promettant la guerre de tous contre tous, que reste-t-il comme espoir ? Un espace très mince, une gauche qui lie europhilie et Etat-providence, dont Syriza et Podemos donnent néanmoins un aperçu. Ceux-là et leurs électeurs ont compris qu’il ne faut pas mettre moins d’Europe dans la gauche, mais plus de gauche en Europe. Cet avenir est-il possible ? On n’en sait rien mais c’est le plus souhaitable et désirable quand on se soucie de l’intérêt général.